Petit voyage à la découverte du marché mondial de l’amande, dont la consommation et la production mondiale ont doublé au cours de ces dix dernières années.  Derrière le rideau de scène  publicitaire d’un vert éclatant bien à la mode, quelques surprises nous attendent en coulisses…


My wonderful amande…


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S’interroger sur un aliment, enquêter sur son marché mondial, ses principaux producteurs, amène souvent à quelques surprises et paradoxes, surtout quand cet aliment est recherché et que sa consommation s’est mondialisée.  Disons et  redisons-le : questionner un aliment, c’est avant tout questionner le circuit économique et social qui le produit. Et aussi questionner notre propre consommation. Plus nous en achetons, parfois dans un louable souci d’alimentation saine et d’écologie,  plus on le cultive et pas toujours dans les conditions que nous imaginons. En tout cas bien loin de la Filière d’amandes équitables des Monts Iblei de Sicile auprès de laquelle nous nous approvisionnons.

Affiche publicitaire chinoise du Comité des Amandes de Californie (Almond Board of California)

Riche en protéines, en fibres, en acides gras insaturés, en magnésium, en vitamine E et bien d’autres encore, l’amande est devenue ce qu’on appelle un super-aliment. Sa consommation a explosée ces dix dernières années, partout dans le monde. En particulier sous la forme du lait d’amandes lequel tend à remplacer le lait de vache chez un nombre croissant de consommateurs aux États-Unis et ailleurs. Originaire d’Asie Centrale et du Proche Orient, présente dans le bassin méditerranéen depuis environ 3000 ans, la culture de l’amande douce nécessite un climat de type méditerranéen, présent aussi en Californie qui en est aujourd’hui et de très loin le plus gros producteur.

 

Quelques chiffres et faits des coulisses du marché mondial de l’amande (quantités en amandes décortiquées) :

  • La production mondiale d’amandes a augmenté de 50% entre 2008 et 2018, atteignant aujourd’hui 1,2 million de tonnes. Les prix de vente ont également doublé dans cette même période, faisant ainsi de la culture de l’amande en mode intensif une des cultures les plus lucratives de notre époque. Les surfaces plantées ont considérablement augmenté dans cette même période, principalement en Californie et, dans une moindre mesure en Australie et en Espagne. Essentiellement sur un modèle agricole hyper-intensif : le « modèle » californien est jusqu’à sept fois plus productif que les cultures traditionnelle du bassin méditerranéen.
  • Les États-Unis en sont le plus gros producteur. En 2018 ils représentent à eux seuls 80% de la production mondiale. Entre 2007 et  2018 la production des États-Unis a doublé pour atteindre 1million de tonnes , 68% sont exportées, dont 20 000 tonnes en Europe.
  • Photo Trent Davis Bailey, extraite de l’article « A kingdom from dust » du California Sunday Magazine

    Les amandes américaines sont produites quasi exclusivement dans un seul état : la Californie. L’industrie de l’amande s’y déploie sur 400 000 ha pour 130 millions d’arbres, elle emploie plus de 100 000 personnes. Big business qui contribue pour 11 milliards $ à l’économie de la Californie. En 2018, dans la guerre commerciale enclenchée entre  États-Unis et Chine, les chinois se sont ainsi empressés de surtaxer les importations d’amandes américaines (+ 15% et menace de +50%).

  • L’Europe  consomme 400 000 tonnes d’amandes par an, mais n’en produit que 100 000, essentiellement en Espagne (9,5% de la production mondiale) et en Italie (4,5% de la production mondiale).  Une telle situation d’asymétrie pour un produit alimentaire recherché et lucratif conduit souvent à des fraudes sur l’origine, telles qu’elles existent sur l’huile d’olive extra-vierge.
  • Pour que les amandiers produisent, ils faut qu’ils soient pollinisés. Par des abeilles, bien sûr. En février de chaque année ce sont ainsi plus de la moitié des ruches des États-Unis qui se déplacent en Californie pour un séjour de deux semaines.  Ce n’est pas un simple convoi. C’est une migration de masse qui concerne plus d’un million de ruches. Pour les apiculteurs américains ces « locations » représentent aujourd’hui une source de revenu supérieure à celle de la vente de miel. Les abeilles, quant à elles, semblent apprécier un peu moins : longs transferts en camion et exposition aux pesticides font des victimes.
  • Last but not least. Pour que les amandiers produisent, ils faut aussi qu’ils soient irrigués. Les nappes phréatiques de Californie sont pompées intensivement depuis les années 50,  ce qui conduit à un affaissement progressif et régulier de certaines zones. Le réchauffement climatique risque ainsi d’avoir des conséquences dramatiques sur l’État de Californie qui est actuellement le premier État producteur de fruits et légumes des États-Unis.

Sources:

  • D’abord A kingdom from dust, long article de Mark Arax du  California Sunday News. Article en anglais, mais même si vous ne le lisez pas, parcourez-en les photos qui, à elles seules, valent le détour, telle celle ci-dessus.  Cet article  narre la saga d’une compagnie californienne qui porte le nom de Wonderful Company (sic) et possède plus de 70 000 ha plantés de 15 millions d’amandiers, de pistachiers, de grenades et de mandarines.
  • Le Comité des Amandes de Californie – Almond Board of California –  produit un almanach annuel d’une quarantaine de pages, riche en données diverses… et aussi  exemple d’école de greenwashing.
  • Sur les déplacements de ruches en Californie, voir cet article de 2015 en anglais (MotherJones) ou en français cet article de 2015 de Slate.
  • Pour les données quantitatives (2018) :  Foreign Agricultural Service/USDA

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