Mars 2014. Second voyage, second récit, extrait :  « De retour vers Catane, une autre réalité s’avance: les centres commerciaux. Catane est aujourd’hui la ville d’Europe qui concentre le plus grand nombre de centres commerciaux : 14 pour 300 000 habitants juste devant Oslo qui en compte 13 pour 600 000 habitants. Celui-ci est le Centro Sicilia, 95 000 m² d’architecture audacieuse toute en courbes, espaces et lumière (…) On se prend à rêver qu’un tel somptueux bâtiment puisse un jour abriter en son sein un palais des agrumes et du commerce solidaire, avec expositions, plantations didactiques et centre de recherche agronomique – et un entrepôt plus confortable pour les Galline ! »



Nouvelles de la Sicile, de ses agrumes et d’autres choses encore


Début mars, sur la route de Syracuse, un panneau blanc, écrit à la main :  Oranges. Gratis . Un petit producteur propose au passant de venir cueillir les oranges sur ses arbres. Gratis. Plus loin un vendeur ambulant propose six kilos d’oranges tarocco pour deux euros. Presque gratis. Le climat capricieux de cette saison en a fait une saison de malheur pour les agrumes de Sicile. Non pour leur qualité, mais en raison d’une surproduction importante et de la relative petitesse des fruits récoltés. Près de chez Roberto, un retraité entretient un petit agrumeto de deux hectares. Il ne récolte pas lui même, mais confie depuis toujours cette tâche à un négociant. Cette année ce sera dix centimes le kilo. Pas de quoi couvrir les frais de production – taille, fumure, irrigation. Mais de quoi s’interroger : à quoi bon continuer à l’entretenir ?
Cette année les agrumes n’ont pas de prix, nous dit Roberto. Comprendre : ils ne se vendent pas et beaucoup resteront à pourrir sur les arbres. Un syndicat de producteurs siciliens note, ulcéré, dans le journal La Sicilia, que les importations d’oranges égyptiennes en Italie ont augmenté de 110% en 2013 et réclame la limitation de celles-ci. Concurrence déloyale, crient-ils. Et Roberto de nous rappeler qu’à prix constants, les oranges se vendaient deux fois plus cher il y a trente ans.Au milieu du XIXe siècle, la situation était toute autre, au moins pour les propriétaires terriens et les négociants. Avant même l’arrivée de la vapeur et des chambres frigorifiques, la Sicile exportait des milliers de tonnes de citrons vers les États-Unis, l’Angleterre et la Russie – les oranges, se conservant moins bien que les citrons, viendraient un peu après. Un commerce florissant, mais aussi une bulle spéculative. La culture du citron était alors une « culture riche », plus rentable que toute autre en Europe. Et qui en avait les moyens investissait sans compter dans l’onéreuse création d’une plantation d’agrumes, laquelle ne serait productive et rentable qu’après dix ans. Comme encore aujourd’hui, les récoltes se vendaient le plus souvent a colpo – sur pied – à des intermédiaires et négociants, mais, à cette époque, en début de saison, sans nulle certitude sur la qualité des fruits à venir, ni sur les prix auxquels on pourrait les vendre. S’ensuivaient des spéculations en chaîne : fortunes – mais aussi ruines – se créaient alors en quelques jours….       Lire la suite en pdf