Michele Russo produit des figues de barbarie. Mais pas que. Au sein des Galline Felici, il a été un des piliers de la coproduction d’avocats. Son enthousiasme et sa bonne humeur ont guidés pendant plus d’un an les discussions entre les producteurs concernés et les groupes français, dont les Givrés.

Les figues de barbarie de Michele

 

Avril 2015. Un coup de fil pour se donner rendez-vous en début d’après-midi à l’entrée de Caltagirone et nous voilà dans la voiture de Michele. Il nous emmènera d’abord visiter le domaine de figuiers qu’il exploite. Puis nous mènera,  par quelque « strada wild » (= route peu carrossable, comme il nous en prévient), au bois de San Pietro(1), réserve naturelle forestière. Un mémorable enlisement de voiture plus tard (cette strada de sable était vraiment « wild » !) et la fin d’après-midi venue, nous finirons l’après-midi devant une granita alla mandorla dans le centre de Caltagirone, par ailleurs célèbre pour ses céramiques.

 

Passer un après-midi avec Michele, c’est être emporté par son irrésistible enthousiasme botanico-agro-écologique. Revenu en Sicile après quelques années de travail sur le continent, Michele semble connaître, comme des amis que l’on croise et salue, le nom de chaque plante – « goûtez cela : c’est de l’asperge sauvage ! » – et déborde de passions et de projets : la permaculture, un laboratoire de produits transformés bientôt terminé,  l’apiculture, la création de jardins potagers  – « c’est important que les gens puissent produire leurs propres aliments, la Sicile pourrait être auto-suffisante » – , la production de fertilisants bio, etc. etc.

 

Dans son domaine en permaculture, – « culture sauvage plus que bio » nous précise-t-il – il a laissé 200 de ses 1400 figuiers de barbarie « s’accoupler » avec des chênes et constaté que ces chênes croissaient deux fois plus vite qu’ailleurs. Michele en a parlé à un professeur d’agronomie de Palerme, qui lui rétorquera d’abord que la chose est impossible, mais qui finalement se déplacera et lancera une recherche – car si le phénomène est avéré, il y a peut-être là une voie nouvelle pour le reboisement d’espaces en Sicile.

 

Derrière le champ de figuiers, un grand terrain dans lequel Michele a planté peu à peu 250 variétés de plantes ou d’arbres fruitiers autochtones en Sicile, mais quasi disparues.  Et aussi quelques exemples de potagers esthétiques et productifs, ne nécessitant que peu d’apports en eau, grâce à une architecture en mini-terrasses circulaires.
Au milieu des figuiers paissent des vaches, plus exactement les veaux du voisin, car les plus grandes, malgré les épines, sont très friandes des figues de barbarie…  Grazie mille pour ce bel après midi, Michele !
[sa page Facebook : Fico d’india Caudarella]

 

(1) Le petit village de San Pietro, situé au milieu de la réserve, fut le lieu d’une incroyable histoire sicilienne dont voici une version romancée : ici, en 1924, Mussolini posa en grandes pompes la première pierre d’une cité-jardin modèle promise au nom de Mussolinia. Le projet n’arrivera cependant jamais à terme. Mussolini rentré sur le continent, les travaux ne démarrèrent jamais vraiment. On se contenta localement d’empocher l’argent et d’envoyer à Rome des photos de bâtiments neufs… prises en d’autres endroits d’Italie. Cette histoire a été racontée par Andrea Camilleri dans Privo di titolo, (Sellerio, 2005) – traduction française : Privé de titre (Fayard, 2007)