Au potager d’Anaïs

Vous avez peut-être déjà croisé Anaïs Blanchatte lors d’une livraison des Givrés. À la fois adhérente et productrice à La Bassée, nous l’invitons régulièrement à vendre ses fruits et légumes cultivés en permaculture lors de la journée de livraison. Mais son exploitation est aujourd’hui menacée par un projet de route qui ne lui permet plus d’ouvrir son magasin de vente directe. Une avancée de bitume qui vous rappellera peut-être l’histoire d’Antonio dans le film “Nul homme n’est une île”, encerclé peu à peu par autoroutes et entrepôts : les matchs à armes inégales, ciment vs terre agricole, n’ont hélas pas de frontières…


Au potager d’Anaïs- La Bassée (59)

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Il y a sept ans, Anaïs a repris les terres agricoles de son grand-père. Formée d’abord par son père , elle exploite depuis deux ans les 4 000 m ² de terrain avec son compagnon Denis, ancien chauffeur de bus. Autodidactes, il était pour eux essentiel de cultiver leurs fruits et légumes dans le respect de la terre et des hommes, sans aucun produit phytosanitaire. Ils s’inspirent pour cela des pratiques ancestrales de leurs grands-parents « qui ont toujours eu un potager, même s’ils travaillaient 90h par semaine à la mine » mais aussi de techniques plus récentes, apprises en auto-formation , ou bien au contact de figures emblématiques comme Pierre Rabhi ou Pascal Poot (1).

Anaïs et Denis suivent les règles de la permaculture et de la biodynamie. C’est pour eux plus qu’une manière de cultiver. Une manière de vivre. De la même façon qu’ils laissent la nature s’autogérer, qu’ils essaient de recréer ce qui peut se passer dans un écosystème en forêt, ils tentent de tout réutiliser, de ne rien gâcher. « L’objectif, c’est être autonome ».  Parmi leurs projets actuels : la construction d’une serre à partir de matériaux récupérés, ainsi que le développement de panneaux solaires et d’une éolienne pour produire leur énergie.

Très engagés dans le « zéro phyto », ils n’ont pourtant pas de certification car il n’en existe pas pour la permaculture. Et la certification bio ne leur paraît pas suffisamment contraignante. Anaïs a d’ailleurs choisi de ne pas passer de certification pour l’application de produits phytosanitaires (même biologiques) afin d’être sûre de ne jamais y avoir recours. Elle n’utilise que des produits naturels comme le purin d’ortie ou d’ail qu’elle fabrique elle-même. Elle laisse surtout faire la nature en choisissant des variétés anciennes naturellement plus robustes et en associant les cultures entre elles.

Passionnée d’horticulture, qu’elle a apprise au contact de son voisin, Anaïs commercialise maintenant ses propres plants au printemps et aide ses clients à créer eux-mêmes leur potager. « Parfois les gens s’étonnent qu’on les incite à planter leur potager, ils pensent qu’on se tire une balle dans le pied en faisant ça » explique Denis. « Mais c’est ce partage qui nous nourrit plus que l’argent. C’est la reconnaissance et le retour positif des gens avec qui on échange. » complète Anaïs. Leur rêve ? Que tout le monde possède un jour son propre potager au lieu d’aller au supermarché.

Cependant leur exploitation est aujourd’hui menacée par la construction de la route de contournement de La Bassée. Débutée en octobre 2018, elle devrait être ouverte en juin 2019 et apporter avec elle un trafic de 6 000 camions par jour. Le projet s’accompagne également de l’extension des zones industrielles et commerciales aux alentours. Obligés cet automne de fermer leur magasin à cause des travaux, Anaïs et Denis se sont retrouvés du jour au lendemain sans possibilité de vendre leur production. Ils déplorent le manque de communication des pouvoirs publics qui ne les avaient pas prévenus en amont. Ils n’ont pas pu anticiper. Face à cette fermeture forcée, ils ont donc mis en place un système de livraison à domicile. Ils tentent également de développer un point de vente commun avec d’autres producteurs et artisans à la gare de La Bassée le vendredi soir.

Mais face à la modification de leur environnement aux antipodes de leurs convictions et à la mise en péril de leur point de vente principal, Anaïs et Denis se demandent s’ils vont pouvoir rester encore longtemps sur les terres de leurs grands-parents.

Quand on leur demande aujourd’hui ce qui pourrait les aider, ils répondent que c’est « la prise de conscience des gens pour qu’ils deviennent de véritables consomm’acteurs car ce sont eux qui font la différence. S’ils veulent une meilleure qualité de vie, il faut commencer par soutenir les petits producteurs locaux qui font ce métier par passion et pas pour l’argent. »

N’hésitez donc pas à passer les voir, ils seront heureux de partager avec vous leur passion pour ce métier !

Vous pouvez retrouver Anaïs et Denis tous les jeudis au marché de La Bassée, et parfois aux livraisons des Givrés. Pour la livraison de paniers dans un rayon de 20km autour de La Bassée, n’hésitez pas à les contacter sur Facebook

(J.F.   16/12/2018)

(1) Pascal Poot cultive près de Lodève des centaines de variétés anciennes de légumes, dont plus de 400 variétés de tomates. Il travaille beaucoup sur la sélection, cherchant à obtenir des plantes ayant la même vigueur que leurs ancêtres sauvages,  capables de résister aux intempéries, à la sécheresse et aux maladies  Voir son site Le Potager de Santé